La Ligue des Papas
Le blog de LaurentNetTweet
samedi 5 mai 2012
Pensées secrètes (Et honteuses)
"Papa ! La maîtresse cherche un accompagnateur samedi pour la sortie Rugby, la compétition de l'après-midi puis pour nous amener voir le match le soir au stade, tu peux venir ? Allez papa !!"
- Tout le samedi aprem et la soirée ? (oh là ! )
- Oui ! Allez tu peux venir Papa ? Allez s'teuplééé !
- Ben oui ! (non non non !) Tu le dis à la maîtresse. Je viendrai (Trop tard. Bravo !)
- C'est un tirage au sort. Pas sûr que ce soit toi. Mais j'espère !
- Un tirage au sort ? Bon nous verrons (Impec ! je ne gagne jamais aux jeux de hasard ! C'est plié. )
(...)
"PAPA C'EST BON TU AS ÉTÉ TIRÉ AU SORT POUR ACCOMPAGNER LA CLASSE !"
- Ah oui ? chouette !! (Evidemment. merde...)
- Nous partons à midi en bus jusqu'à 21h. Sauf si il pleut.
- Ça serait dommage... (pourvu qu'il pleuve)
- Il faut prévoir les repas. Les sacs. Tu compteras les points durant la compétition.
- (Su-Per)
- Il y aura le papa de Bastien avec toi comme accompagnateur.
- Qui c'est ?
- Mais tu saiiiis ! Castor ! Le grand avec les dents en avant ! Celui qui râle contre les arbitres en compet de judo !
- Lui ? Pfffff. Ok ! (Oh NOOOON ! C'est pas possible ! Pas ce type ! J'peux pas me l'encaisser ce grand machin ! Oh non... J'veux descendre ! Mais quel con je suis d'avoir dit oui !)
- On va s'éclater ! Il y aura tous les parents de toute manière au match.
- Wouhaiii ! (Je veux mourir)
mardi 21 février 2012
Plongée.
Je retire ma montre, ma ceinture, je sors mon téléphone, mes clés. Un passeport, une carte professionnelle, un laissez-passer du procureur. Je présente le tout au type qui gère les entrées. Ma collègue, assistante sociale, fait de même. Petit tour en prison. Notre première fois. Une incarcération de deux heures, nimbée d'un casier judiciaire vierge, pour le travail. Plongée.
C'est une histoire de portes, de sas, de verrous qui claquent, de hauts murs et de pièces étroites. Une première gâchette bruyante, un long couloir puis une sorte de passage à ciel ouvert avant de s'engouffrer pour de bon dans le ventre du centre pénitentiaire. Un dernier verrou vient de coulisser avec fracas. Nous y sommes.
Fil d'Ariane.
- Avancez s'il vous plaît !
Une voix nasillarde. Nous entrons dans un carrefour au coeur du complexe. Au centre une tour de contrôle. Au micro, derrière une vitre, un surveillant nous fait un signe puis nous indique le bon couloir. C'est juste là.
Parloir des avocats.
Un corridor, un autre. Une tout petit bureau et derrière un uniforme, dans la pénombre. Le néon est blafard. Comme lui. L'air n'est que goudron et nicotine. Épais brouillard. Ambiance à la Jean Gabin. Une robe noire patiente dans un coin.
- Entrez. Je les appelle, ils vont vous l'amener.
Le préposé aux visites passe un coup de fil, note notre nom et qualité sur un grand cahier puis consigne l'heure.
Premier box à gauche.
Un box. Une cage plutôt. Du bois, du verre, une table, trois chaises et de la crasse. Quatre mètres carrés peut-être. Pas sûr encore. Ça pue. Petit réflexe de survie involontaire, fermer complètement mes écoutilles nasales. Bloquer intégralement mon odorat pour ne pas me laisser envahir par cette atmosphère, incrustée jusque dans ce verre sale. Je garde mes mains sur ma chemise cartonnée.
Nous attendons, dans nos petits souliers de travailleurs sociaux. Concentration. Dernières consignes, nous révisons notre stratégie, notre approche et ce pourquoi nous sommes là. Nous avons un petit duo à jouer. Décidément cette pièce est trop petite. L'entretien se déroulera à portée de baffe.
L'homme arrive. Il est seul.
C'est une histoire de portes, de sas, de verrous qui claquent, de hauts murs et de pièces étroites. Une première gâchette bruyante, un long couloir puis une sorte de passage à ciel ouvert avant de s'engouffrer pour de bon dans le ventre du centre pénitentiaire. Un dernier verrou vient de coulisser avec fracas. Nous y sommes.
Fil d'Ariane.
- Avancez s'il vous plaît !
Une voix nasillarde. Nous entrons dans un carrefour au coeur du complexe. Au centre une tour de contrôle. Au micro, derrière une vitre, un surveillant nous fait un signe puis nous indique le bon couloir. C'est juste là.
Parloir des avocats.
Un corridor, un autre. Une tout petit bureau et derrière un uniforme, dans la pénombre. Le néon est blafard. Comme lui. L'air n'est que goudron et nicotine. Épais brouillard. Ambiance à la Jean Gabin. Une robe noire patiente dans un coin.
- Entrez. Je les appelle, ils vont vous l'amener.
Le préposé aux visites passe un coup de fil, note notre nom et qualité sur un grand cahier puis consigne l'heure.
Premier box à gauche.
Un box. Une cage plutôt. Du bois, du verre, une table, trois chaises et de la crasse. Quatre mètres carrés peut-être. Pas sûr encore. Ça pue. Petit réflexe de survie involontaire, fermer complètement mes écoutilles nasales. Bloquer intégralement mon odorat pour ne pas me laisser envahir par cette atmosphère, incrustée jusque dans ce verre sale. Je garde mes mains sur ma chemise cartonnée.
Nous attendons, dans nos petits souliers de travailleurs sociaux. Concentration. Dernières consignes, nous révisons notre stratégie, notre approche et ce pourquoi nous sommes là. Nous avons un petit duo à jouer. Décidément cette pièce est trop petite. L'entretien se déroulera à portée de baffe.
L'homme arrive. Il est seul.
Le voilà. Le voilà donc ce personnage hideux dont on parle depuis des semaines. Le vilain bonhomme. L'étrange père... Je ne peux m’empêcher de le détailler, de le scruter.
Un petit homme en tenue de sport. Sec.Vif. La quarantaine largement entamée. Il a le sourire. Salutations courtoises. On se serre la main.
Toucher sa main...
Il est assis maintenant. Toujours ce sourire qui barre son visage. Une sorte de nervosité dans son comportement, trop courtois, presque mielleux, trop rapide dans ses gestes. C'est ma première impression, entre deux bouffées claustrophobes.
Nous travaillons. Ma collègue commence, parle des enfants, du placement depuis l'incarcération des parents. De l'ordonnance du juge. Des droits modifiés. Des courriers interceptés, filtrés. Ils vont bien. Ils vont mieux en tout cas. Je prends ensuite le relais. Je suis là pour l'école, pour les orientations scolaires. Bref, nous travaillons. Discussion contrôlée, calibrée, millimétrée. Notre petit duo fonctionne. Chacun joue sa partition. Délicat concerto.
C'est que l'homme est coriace. Un illuminé, paranoïaque et manipulateur, assez fort pour avoir berné les services sociaux durant des années. Assez malade pour avoir embarqué sa femme avec lui. Un gourou en famille, un tyran phallocrate doté, d'après lui, d'un sombre pouvoir magique dont il parle parfois au détour d'une idée.
Le personnage est pris d'un délire de purification du mal depuis des mois, voir des années. Il isolait ses gosses du reste du monde, les battait souvent, les endoctrinait d'une religion personnelle, pervertie, semait la peur et, pour bien faire, pour les purifier, les privait de nourriture. C'est qu'il les aime ses enfants. Funeste ambiance dénoncée un jour par l'un d'eux, décharné par la faim.
Nous expliquons notre venue. Nos attentes immédiates pour les enfants, leur avenir, la rentrée scolaire, proche. Je le regarde se justifier, ergoter sur ses préoccupations de chef de famille, inoculer goutte après goutte son venin contre les services sociaux, les gendarmes, le procureur, son fils accusateur. C'est un incompris. Un père inquiet, soucieux de la conduite de ses enfants, de leur avenir. Je le sens nous berner, nous caresser l'esprit. Il nous conte sa petite histoire, de ses yeux brillants, trop ouverts. Poison. Poison. Poison. Il est trop près. C'est intrusif et dérangeant. A portée de baffes en effet.
Je me délecte un instant d'une pensée secrète, violente. Comme un flash. Puis je reviens à mes obligations.
Quelques échanges supplémentaires. L'homme a encore l'autorité parentale. Il signe les documents scolaires que je lui présente après une négociation abjecte à laquelle de participe à mon corps défendant pour arriver à mes fins. Nous avons ce que nous voulions. Fin de l'entretien, nous interrompons un peu sèchement. L'homme repart, pressé. Comme si l'on pouvait être pressé en prison.
Vers la sortie.
Nouveau concert de verrous, mais dans l'autre sens. Nous traversons les corridors à grands pas. Débriefing en quelques phrases.
- Tu as vu ? Tu l'as senti ? Il est fort... Ce type est puant. Tout est là. C'est bon.
C'est l'évasion. Fin de notre courte escapade carcérale. Nous sommes dehors, il y a du soleil. Nous rions connement. Il le fallait.
jeudi 9 juin 2011
Tranche de taff
Mon rendez-vous à la pouponnière était à l'heure. La responsable des lieux est une douce éducatrice, un peu Mamie, tonique et positive. Elle me reçoit. Je n'aime pas me rendre à la pouponnière. J'y suis mal à l'aise et je supporte mal de voir ces tous petits enfants agglutinés à leurs éducatrices.
Mon entretien se déroule sans problème. Nous préparons la rentrée des classes. Juste une modification de dernière minute. Un nouveau vient d'arriver dans l' Unité. Un garçonnet de trois ans. Sa mère est en garde à vue, en cellule de dégrisement. Rapide coup d'oeil sur son dossier.
- Bonjour, tu as bien dormi ? Quel âge as-tu ?
Le poupon se tient droit comme un i. Intimidé. Il fait face, visiblement impressionné.
- Oui...Et demi.
Je quitte la pouponnière. Mâchoires serrées, yeux presque mouillés. Oublier, oublier, oublier cet instant désagréable.
Je n'aime pas trop traîner à la pouponnière...
dimanche 10 avril 2011
Rite de passage
Aujourd'hui, mon fils Jules, du haut de ses cinq ans, a appris à se passer des petites roues pour faire du vélo.
Les enfants sont livrés avec un programme scélérat. Une sorte de bug dont on ne se débarrasse jamais. Il sont conçus, entre autre, pour mieux vous faire vieillir. Et surtout pour que vous preniez conscience de ce triste dessein de façon régulière.
Aujourd'hui donc, j'ai pris un coup de vieux.
Tout avait pourtant bien commencé. Sous un soleil de plomb indigne d'un mois d'avril, toute la famille remontait la promenade blafarde d'une vulgaire station balnéaire dont je tairai le nom. Poussette, trottinette et vélo étaient de sortie. Seuls Madame et moi n'étions pas sur roulettes.
Jules, petite tête blonde aux yeux bleus, genoux cagneux en bermudas, aussi épais qu'un moustique des étangs tous proches, pédalait à grand bruit. J'insiste sur le bruit parce que les petites roues de son vélo sont un calvaire pour les oreilles. Il ne roule pas, il racle le sol dans un chambardement d'enfer. Non ce n'est pas la diligence qui passe, c'est mon fils Jules.
Comme le soleil tapait de plus en plus fort, il fallait faire la pause à l'ombre d'un palmier à touristes. Nous vidions nos dernières réserves d'eau. Petits réglages techniques de la selle du vélo, toujours trop basse ou trop haute. Léger serrage d'écrou sur la trottinette. Le matériel souffre mais tient bon.
Idée lumineuse de Louis mon aîné. Et si nous ôtions les petites roues du vélo de Jules ? Je n'y suis pas trop favorable à ce moment là. Je m'imagine déjà devoir courir, avec cette chaleur, tout à côté du petit apprenti conducteur, non seulement pour lui enseigner la technique ancestrale du " bicycle" mais aussi surtout pour éviter qu'il ne tombe sous les yeux catastrophés de sa mère.
Et donc, je rejette la proposition de Louis. Trop tard, les dites petites roues, armées d'une molette en plastique " démontage facile" sont déjà dépiautées du vélo !
Forcément je suis tout désigné pour initier Jules aux joies du deux roues véritable. Et sous ce cagnard catalan qui vous cogne sur la tête, me voilà déjà prêt à courir aux côtés de mon chérubin.
J'ai ma technique, transmise par mon père. Souvenir impérissable de quand j'étais tout gosse. Une sorte de madeleine de Proust dynamique, cinétique même. Tout le monde se souvient de cet instant où, presque par magie, l'on maîtrise l'équilibre sur son engin à pédales. A un âge où l'on est encore très gauche, souvent meurtri par des blessures aux genoux, acquérir un tel don vous pousse un peu plus dans la cour des grands.
La méthode avait fonctionné sur mon père, sur moi, sur Louis et je m’apprêtais à la déployer avec Jules, dans un flot de sueur et une course au soleil .
C'est une technique très simple. Courir en tenant le vélo par la selle, prendre suffisamment de vitesse, et lâcher le tout de temps à autres, sans en avertir le pilote qui, en toute confiance, pédale. Bien entendu on courre tout du long avec le vélo et son cycliste, très près de celui-ci pour ne pas effrayer le petit. Il faut gambader ainsi environs vingts minutes, dans des allez-retour épiques, des cris de peur, parfois des larmes, de la joie, des piaillements. Dans la demi-heure la technique est acquise. Le papa termine son cours en vrac mais le bambin roule. Prévoir tout de même pansements et mercurochrome. Je procéderais ainsi avec Jules.
J'appliquais. Nous nous lançons. Jules est concentré sur son guidon, les oreilles dans le vent, le casque vissé sur la tête, la langue coincée entre les dents pour gagner en précision. Petites foulées pour papa, entrecoupées de paroles d'encouragement et d'ordres courts pour éviter la catastrophe. "Plus vite ! ", "continu !", " regarde la route ! ", encore ! ", "Stop !"
Le petit vélo rouge de Jules était parfait pour ce baptême. C'était une vieille carne docile et solide, bas de cul, expérimentée, puisqu'elle avait vaillamment servi de monture à Louis et qu'elle serait certainement là encore dans quatre ans pour Marius.
J'étais parti pour une demi-heure de petites foulées. Ce petit blanc bec de Jules, d'une habileté insolente, mit trois minutes et pas une de plus pour acquérir la technique. Et avec le sourire !
Je lâchais deux fois la selle et à la troisième l'équilibre était acquise. Le temps d'en prendre conscience, Jules filait à grands tours de pédales, me laissant au milieu du chemin, sous les yeux ébahis et humides de sa mère.
Il me semblait que mon propre papa avait bataillé durant toute une matinée, pour que je tienne enfin sur mon petit vélo bleu. Et ce petit con là, le mien, traçait sa route en trois minutes, non sans zigzaguer.
Je le voyais s'éloigner, et je me sentais vieillir d'un cran supplémentaire. Nous avions accompli ce rite de passage ensemble, et jamais je ne m'étais posé la question de ce qu'avait ressenti mon père à ce moment là. Une belle bouffée de fierté et une forte gifle. Voilà ce que j'ai ressenti.
Libellés :
Rite de passage
samedi 5 février 2011
Non Mémé, nous ne baptiserons pas le petit !
Je ne dois plus rien à la religion depuis un jour ensoleillé du mois de juin 2001. Après une violente volée de riz dans la figure et un baiser posé sur les lèvres d'une épouse flambant neuve, je décidais que le bon dieu et moi étions quittes. C'était sans compter les enfants à venir !
Jusque là j'avais été patient voir philosophe. En tout cas tolérant. Je m'étais accommodé du concept d'un mariage à l'église. Par amour pour la belle, par respect pour ma nouvelle famille, j'avais accepté cette petite discussion avec le prêtre, puis ces quelques rendez-vous chez une grenouille de bénitier locale qui préparait au sacrement du mariage.
Il y eu aussi ce dimanche mémorable de préparation, dans un cloître, en compagnie d'autres couples, pour des débats intenses, animés par des diacres sur le thème de la vie à deux, de la sexualité, des enfants, de la foi, tout ça... C'était obligatoire. Aussi je décidais de ne pas broncher. On me vit tordre deux ou trois fois le nez durant la journée. Mais je le fis discrètement. Je faisais de vrais efforts.
La noce fut très belle, chrétienne donc, campagnarde, dans une petite église méditerranéenne parée de schistes, à l'ombre des oliviers. La tableau était joli mais désormais je refuserai toute autre ingérence religieuse dans mon existence. J'en ferai un point d'honneur.
Très vite, je fis part à ma chère et tendre de ce léger point de détail spirituel que j'érigeais en choix personnel inattaquable. J'eus droit à un petit sourire, quelques clignements d'yeux et une question simple :
- Et le baptême du petit ?
- Et le baptême du petit ?
En effet le problème allait rapidement se poser. Ma femme et moi pouvions rapidement éluder la question, elle même étant d'une très molle religiosité, mais c'était sans compter sur le poids écrasant de la tradition familiale.
Il faut dire que du côté de ma belle famille, j'étais copieusement servi question curés. J'étais tombé dans un autre monde, fort éloigné du relâchement général qui caractérisait le sentiment religieux dans ma propre famille. Bref, je passais d'un monde de mécréants à celui de croyants véritables, pratiquants, la foi chevillée au corps depuis les mérovingiens. Dans ce contexte, j'évoluais en touriste.
Ils me fascinaient. Messe tous les dimanches ou presque, crucifix dans les chambres, "discrètes" vierges de plâtre ici et là, eau miraculeuse de Lourdes dans sa fiole en plastique (millésime 1986) , pain que l'on signe avant de le rompre et excellents rapports avec " Monsieur le Curé".
Les enfants, dont ma femme, s'étaient tous élevés dans l'enseignement privé, fréquentant durant une bonne partie de leur scolarité d’improbables internats tenus par des religieuses catalanes coriaces et revêches. Certains cousins de mon âge avaient même fréquenté le catéchisme jusqu'à 16 ans.
Il ne faut pas se méprendre, c'est une foi sincère,éclairée, rurale, respectable, qui ne ressemble en rien au cliché de ces familles lapins catho-tradi versaillaises, jupes plissées et culottes courtes.
Il ne faut pas se méprendre, c'est une foi sincère,éclairée, rurale, respectable, qui ne ressemble en rien au cliché de ces familles lapins catho-tradi versaillaises, jupes plissées et culottes courtes.
Tolérant par nature, je supporte sans trop de problèmes ces traditions spirituelles lorsque je fréquente ma belle famille, que j'adore et qui demeure d'une infinie gentillesse envers moi.
De toute façon, en épousant Madame, je ne pouvais pas déballer comme ça ma position très nette sur la religion catholique, le Pape et tout le tralala qui l'accompagne. Je serais passé pour un beau-fils ingrat et désagréable. Il n'en était pas question.
Je pris donc le parti de m’asseoir sur mes propres convictions athées quand j'étais en leur compagnie. Avec la belle famille on ne parle ni de politique, ni de religion. C'est mieux ainsi.
De toute façon, en épousant Madame, je ne pouvais pas déballer comme ça ma position très nette sur la religion catholique, le Pape et tout le tralala qui l'accompagne. Je serais passé pour un beau-fils ingrat et désagréable. Il n'en était pas question.
Je pris donc le parti de m’asseoir sur mes propres convictions athées quand j'étais en leur compagnie. Avec la belle famille on ne parle ni de politique, ni de religion. C'est mieux ainsi.
Et donc vînt Louis, notre aîné. Les premiers mois, la question du baptême ne se posait pas vraiment. Mais le temps jouait contre nous. Vers les six mois de bébé, sa mère fît une tentative faussement naïve pour me tester.
- Il faudra voir pour le baptême, un petit repas de famille, une grillade ou...
Elle ne termina pas sa phrase. Je rappelais mon absolu veto en la matière. J'avais bien accepté de me marier à l'église par amour et pour ne froisser personne ( bien sûr aussi pour le décorum baroque et le cliché romanesque ) mais sur la question du baptême, je ne bougerais pas d'un iota. Je souhaitais qu'on laisse mes enfants en dehors de tout ça. La messe était dite !
- Il faudra voir pour le baptême, un petit repas de famille, une grillade ou...
Elle ne termina pas sa phrase. Je rappelais mon absolu veto en la matière. J'avais bien accepté de me marier à l'église par amour et pour ne froisser personne ( bien sûr aussi pour le décorum baroque et le cliché romanesque ) mais sur la question du baptême, je ne bougerais pas d'un iota. Je souhaitais qu'on laisse mes enfants en dehors de tout ça. La messe était dite !
La discussion failli plusieurs fois tourner en dispute. Mais je ne cédais pas. Je sentais pourtant le dilemme dans l'esprit de ma petite femme, peu à l'aise dans l'idée de contrevenir à la tradition familiale et qui allait devoir s'expliquer avec de sévères instances, à commencer par ses grands-mères.
Malgré tout, têtu, je finis par la convaincre. Nous ferions le mort en espérant qu'à force de silence, le message s'imposerait dans la famille. Il n'y aurait pas de baptême point barre.
Malgré tout, têtu, je finis par la convaincre. Nous ferions le mort en espérant qu'à force de silence, le message s'imposerait dans la famille. Il n'y aurait pas de baptême point barre.
Le temps passait. Et pour le premier anniversaire de Louis, il y eu repas de famille, ou plutôt de belle famille. J'allais tout d'un coup et sans que je m'y attende vraiment, éprouver un peu sèchement le poids de la tradition.
A la fin d'un de ces repas campagnards arrosé de vin dont on est coutume au village, je sirotais mon café. Nous finissions le dessert. Je piquais du nez dans ma tasse et ne restaient à ce moment là à table que les figures féminines de la belle famille. Grands mères, tante, belle mère, épouse. Tout le noyaux matriarcale au complet. La zone était minée.
A la fin d'un de ces repas campagnards arrosé de vin dont on est coutume au village, je sirotais mon café. Nous finissions le dessert. Je piquais du nez dans ma tasse et ne restaient à ce moment là à table que les figures féminines de la belle famille. Grands mères, tante, belle mère, épouse. Tout le noyaux matriarcale au complet. La zone était minée.
La question fatidique, un peu redoutée, fini par tomber aussi brutalement qu'un sucre jeté du deuxième étage et plongeant dans mon café brûlant. Elle fut posée par l'Autorité Suprême en la matière, Mémé. Celle que l'on ne contrarie jamais sur ce sujet là.
"Et alors ce petit ? Vous le baptisez quand ? " . La question était franche et directe. Elle imposait le silence pour toute la tablée. Mémé s'adressait à sa petite fille, Madame mon épouse.
Un ange passe, puis un deuxième, puis toute une escadrille. Il ne manquait plus que la patrouille de France. Il n'y avait guère que la comtoise pour briser le silence mais je crois que même elle s'est arrêtée à ce moment !
Je regarde ma femme qui regarde son assiette, pivoine. Elle bredouille quelque chose puis fini par articuler une réponse :
- Non Mémé, il n'y aura pas de baptême, nous ne baptiserons pas Louis. Elle terminait par un sourire gêné.
- Non Mémé, il n'y aura pas de baptême, nous ne baptiserons pas Louis. Elle terminait par un sourire gêné.
Et Mémé de répondre du tac au tac comme un coup de tonnerre " Vous ne le baptiserez pas ? ( !) Mais vous vous en occupez mal de cet enfant ! "
Je dégluti un bon coup pour faire passer cette salve douloureuse. Je serrais les dents dans un rictus que je ne pouvais réprimer. C'est pas grand chose un beau fils, il ne faut pas croire !
Ma pauvre femme était déconfite et je voyais déjà ses yeux rougir. Sur ses petites épaules, des générations d'aïeuls semblaient hurler à l'infamie !
Belle Mère et Tantine, qui débarrassaient la table, étaient demeurées figées, comme des statues, attendant certainement que la foudre vienne frapper cette impudente. Leur tête rentrait dans leurs épaules et les assiettes étaient en suspend. Il y en a une qui allait passer un sale quart d'heure ! Il me fallait intervenir.
Ma pauvre femme était déconfite et je voyais déjà ses yeux rougir. Sur ses petites épaules, des générations d'aïeuls semblaient hurler à l'infamie !
Belle Mère et Tantine, qui débarrassaient la table, étaient demeurées figées, comme des statues, attendant certainement que la foudre vienne frapper cette impudente. Leur tête rentrait dans leurs épaules et les assiettes étaient en suspend. Il y en a une qui allait passer un sale quart d'heure ! Il me fallait intervenir.
C'est là que pour la toute première fois depuis plusieurs années de repas campagnards, je me permis de donner mon avis sur ce sujet tabou, viscéral en ces lieux, qu'est la religion. J'avais une réponse simple et un peu toute prête c'est vrai. Il n'y avait plus qu'à briser la vitre en cas d'urgence. Je fis mon coming-out.
- Mémé ne la grondez pas c'est moi qui ne veux pas.
- Et pourquoi ? (!) En me posant la question elle sursauta sur sa chaise et ses petites mains s'ouvrirent. Mémé roulait les R avec merveille. Ce qui rendait la situation aussi cocasse que fleurie.
- Parce qu'au Foyer de l'Enfance où je travaille, je vois des enfants malheureux tous les jours, des peines inimaginables, des souffrances, des histoires terribles, mais je n'y vois jamais le bon dieu. Aussi je ne veux pas que mes enfants soient baptisés.
Je fus bref. Je terminais avec un sourire, mais sans craner. Je voulais éviter le blasphème pour des raisons diplomatiques évidentes. Profil bas de rigueur.
Je fus bref. Je terminais avec un sourire, mais sans craner. Je voulais éviter le blasphème pour des raisons diplomatiques évidentes. Profil bas de rigueur.
Autant ma femme prit une volée de bois vert, autant je me senti relativement épargné. Mémé, dans sa dureté évidente et réputée quant à ce sujet, sembla un peu décontenancée par mon intervention. Elle m'épargna une remarque désobligeante que de toute manière j'aurais tout de suite pardonné (J'allais dire en bon chrétien ! ) Je pardonne tout à cette gentille Mémé. De toute manière je n'avais pas envie de soutenir trop longtemps le débat.
Et je fus définitivement sauvé dans la foulée par la bonne tante qui, pour détourner l'attention et noyer le poisson dans l'eau bénite, embraya sur le sujet douloureux des enfants placés, loin de leurs parents. Cette tantine était tout aussi choquée que Mémé, mais elle m'avait tendu la main pour me sortir de ce mauvais pas.
Plus jamais nous n'aborderions la question du baptême par la suite. Le débat est clos, mais cette expérience reste un fait marquant de ma condition de père.
dimanche 19 décembre 2010
Du rab de Sex-Appeal pour toi papa !
Fichue situation que celle de père ! Que sont devenus ton " Sex-Appeal " et ton potentiel de séduction de mec relativement mignon, depuis que tu es chef de famille ? Bonne question, pour ne pas dire Mystère ! Tu n'en sais rien. Mais tu t'en préoccupes. Coquetterie Masculine.
Les esprits chagrins et moralistes vont te dire en DM qu'en tant que papa et surtout en tant que mari, tu te fous absolument de séduire, sinon uniquement pour la mère de tes enfants. Certes. Mais tout le monde sait que même papa d'une armée de gosses et marié jusqu'au cou, la plupart d'entre nous cherche quand même à se rassurer sur ce plan très particulier. C'est juste pour être certain de plaire un minimum et pas forcement pour coucher ! Tu l'aimes ta petite femme, tu lui plais (peut-être) encore, mais pourrais tu plaire à d'autres ?
Ce billet ne concerne évidemment pas les beaux gosses congénitaux, répondant avec naturel aux canons de beauté du moment. Ceux-ci ne doutent de rien. Grands, forts, portant une barbe de trois jours ravageuse, parfumés de testostérone et harcelés en permanence. Non. ceux là ne sont pas concernés. Qu'ils dégagent tout de suite d'ailleurs ! voilà ! Oui toi aussi le rugbyman là, va jouer dehors au ballon avec tes copains. Et reprends ton calendrier pauvre con ! Ta demie molle du mois de mars on s'en balance ! Et t'avises pas de causer à ma femme !
Il ne concerne pas non plus les plus désespérés d'entre nous qui circulent le weekend en jogging dans les vides greniers. Persuadés que ce déguisement leur donne une image de sportif viril, alors qu'il donne juste un air de chat castré, pépère, un peu débile. Ceux là sont définitivement perdus. Il faudrait interdire le jogging.
Restons entre mecs "ordinaires", pas toujours "beaux gosses", pas vraiment des bombes sexuelles, pas forcement très grands ni très musclés, tout juste "mignons". Mais presque toujours romantiques, attentionnés et aussi inquiets de leur potentiel de séduction.
Tu es d'autant plus préoccupés donc, que depuis la naissance de ton deuxième enfant et passé le cap des 35 ans, tu vois apparaître avec effroi un certain nombre de signes avant coureurs énervants. Cheveux blancs qui tapent l'incruste, golfes en cours de déboisement rapide, petite tonsure monacale et légères poignées d'amour ( un peu critiquées par ta femme d'ailleurs)
Le vent tourne, tout comme ta montre. Tu as beau t'habiller à la mode et piquer discrètement la crème hydratante de ta compagne, tu es sur la pente glissante.
Tu es d'autant plus préoccupés donc, que depuis la naissance de ton deuxième enfant et passé le cap des 35 ans, tu vois apparaître avec effroi un certain nombre de signes avant coureurs énervants. Cheveux blancs qui tapent l'incruste, golfes en cours de déboisement rapide, petite tonsure monacale et légères poignées d'amour ( un peu critiquées par ta femme d'ailleurs)
Le vent tourne, tout comme ta montre. Tu as beau t'habiller à la mode et piquer discrètement la crème hydratante de ta compagne, tu es sur la pente glissante.
Le potentiel de séduction, concept important pour ton moral de trentenaire. Peu importe ta situation d'ailleurs, papa, marié, maqué, rangé, divorcés, jeune, vieux, célibataire etc. Tu t'en fous, tu veux quand même savoir ce que tu vaux sur le marché, pour ton bien être, pour ton petit nombril quoi ! ( J'ai dis nombril !)
Donc, tu es papa. Et tu ne sais plus trop si tu plais encore. Ta condition de père de famille, si tu t'impliques correctement dans la vie de tes gosses, te projette régulièrement dans des situations qui niquent littéralement ton sexe appeal-naturel !
Forcement, dans les rayons de Carrefour, quand tu te ballades seul avec un carton de couches, on te repère trop vite. Surtout quand tu as choisi le gros carton, celui de la super promo, celui qui prend la moitié de ton caddy, surmonté des douze petits pots pomme / poire et du produit spécial pour les fesses du petit dernier. Indice supplémentaire pour la jolie caissière que tu as choisi : Si il y a plus de trois étages de yaourts aux fruits ou de Petits Suisses, c'est que tu as une grande famille. Ton potentiel de séduction te semble à ce moment là aussi épais qu'un candidat de Koh-Lanta sur son poteau de torture.
Quand tes gosses sont avec toi c'est un peu différent. Sur la plage par exemple, il est inutile de leur demander de t’appeler "Tonton", ni même de te faire appeler par ton prénom. Tu es difficilement convainquant et en plus il y en a toujours un qui gaffe ! Alors certes on te repère tout se suite, mais enfin, si tu as la chance comme moi d'avoir des enfants magnifiques, il se passe quelque chose. Tu deviens le "mignon" petit papa qui s'occupe de ses très mignons enfants. Le petit dernier, encore dans ses couches, te rendra super craquant. Tu apprendras à le mettre en valeur ! Ça marche aussi dans le parc, prés de la marre aux canards, devant l'école, à l'épicerie et chez le docteur.
Tu le seras un peu moins, craquant, quand sous un bras tu coinceras un parasol et que de la seule main qui te reste, tu porteras l'énooooorme sac remplit de jouets de plage en plastique.
C'est ce qui s'appelle aussi "Effet Poussette". Sorte de marqueur social sur roulettes qui annonce à tout le monde que tu es "fichu fichu fichu de chez fichu". Même pas on te regarde, tu n'existes plus. C'est la consternation. Mais peut-être à tort...
Toi aussi peut-être tu découvres depuis peu un nouveau concept , le F.I.L.F. Acronyme de Father I'd Like to Fuck. Pour ceux qui ont choisi glandouille en première langue, père que j'aimerais choper. Et là d'un coup c'est l'espoir ! Celui de sortir du néant pour renaître en tant que père séduisant, attirant, limite sexy (ne rêvons pas trop) enfin bref, qu'on remarque - à minima-, ou qu'on consomme, si affinité et en fonction des valeurs de chacun.
Les vieilles biques au derniers rang vous vous calmez et vous rangez vos sacs à main ! Nous n'avons pas dit que nous étions prêts pour l'adultère ! C'est juste pour notre petite estime personnelle si susceptible. C'est tellement bon pour le moral de se faire gentiment draguer.
Le concept de F.I.L.F donc devient une lueur d'espoir pour toi, jeune papa, bénéficiant encore de quelques mois avant de te taper LA fameuse déprime de cette salope de quarantaine, que tu négocieras parfois à coup d’anxiolytiques et de tenues vestimentaires ridicules. En tant que père tu existes et peut-être encore aussi en tant qu'amant symbolique. Tu es presque tendance tout d'un coup ! Si tenté que tu parviennes à te mettre un minimum en valeur.
C'est pas grand chose cette idée de F.I.L.F, mais putain ça t'aide un peu plus à prendre de l'âge. Désormais, tu passeras avec un petit sourire charmeur à la caisse de Carrefour, ton caddy plein de couches, de yaourts, de Petits Suisses, à l'aise comme un F.I.L.F en pâte.
C'est ce qui s'appelle aussi "Effet Poussette". Sorte de marqueur social sur roulettes qui annonce à tout le monde que tu es "fichu fichu fichu de chez fichu". Même pas on te regarde, tu n'existes plus. C'est la consternation. Mais peut-être à tort...
Toi aussi peut-être tu découvres depuis peu un nouveau concept , le F.I.L.F. Acronyme de Father I'd Like to Fuck. Pour ceux qui ont choisi glandouille en première langue, père que j'aimerais choper. Et là d'un coup c'est l'espoir ! Celui de sortir du néant pour renaître en tant que père séduisant, attirant, limite sexy (ne rêvons pas trop) enfin bref, qu'on remarque - à minima-, ou qu'on consomme, si affinité et en fonction des valeurs de chacun.
Les vieilles biques au derniers rang vous vous calmez et vous rangez vos sacs à main ! Nous n'avons pas dit que nous étions prêts pour l'adultère ! C'est juste pour notre petite estime personnelle si susceptible. C'est tellement bon pour le moral de se faire gentiment draguer.
Le concept de F.I.L.F donc devient une lueur d'espoir pour toi, jeune papa, bénéficiant encore de quelques mois avant de te taper LA fameuse déprime de cette salope de quarantaine, que tu négocieras parfois à coup d’anxiolytiques et de tenues vestimentaires ridicules. En tant que père tu existes et peut-être encore aussi en tant qu'amant symbolique. Tu es presque tendance tout d'un coup ! Si tenté que tu parviennes à te mettre un minimum en valeur.
C'est pas grand chose cette idée de F.I.L.F, mais putain ça t'aide un peu plus à prendre de l'âge. Désormais, tu passeras avec un petit sourire charmeur à la caisse de Carrefour, ton caddy plein de couches, de yaourts, de Petits Suisses, à l'aise comme un F.I.L.F en pâte.
dimanche 28 novembre 2010
Attends que ton père il arrive !
C'est mercredi. Tu rentres au bercail en voiture comme tous les soirs, musique un peu forte pour bien te vider la tête. Rentrer en t'explosant les tympans c'est bon pour ton moral.
Tu files retrouver ton nid douillet, ta petite femme et tes trois oisillons. Un tour de clé dans la porte, tu jettes ton cartable dans l'entrée et tu montes voir ce petit monde. D'un ton jovial et optimiste tu cries "Helloooooo !"
Ah les joies de la famille ! Ils vont se jeter à ton cou pour t'embrasser.
Tu files retrouver ton nid douillet, ta petite femme et tes trois oisillons. Un tour de clé dans la porte, tu jettes ton cartable dans l'entrée et tu montes voir ce petit monde. D'un ton jovial et optimiste tu cries "Helloooooo !"
Ah les joies de la famille ! Ils vont se jeter à ton cou pour t'embrasser.
...Rien. ???
Ouh là... Ambiance. Madame ton épouse visiblement agacée, irritée, t'annonce une journée titanesque. Les garçons, un tantinet pénibles depuis ce matin, sont pour l'heure punis dans leur chambre. Ils ont passé la journée sans pouvoir sortir vu qu'il pleut des cordes. Ta baraque est maintenant une cage aux lions.
Durant la journée il y a eu disputes, taquineries, bêtises en tous genres, dissémination chaotique de jouets dans la maison, obligation de répéter vingt fois les choses, menaces et enfin... punition ( ou châtiment ). Maman a pelé, il faut le reconnaître.
Durant la journée il y a eu disputes, taquineries, bêtises en tous genres, dissémination chaotique de jouets dans la maison, obligation de répéter vingt fois les choses, menaces et enfin... punition ( ou châtiment ). Maman a pelé, il faut le reconnaître.
Ah tu les aimes ces joyeuses retrouvailles de fin de journée migraineuse ! Avec la fatigue, tu avais un peu vite oublié l'ambiance de colonie de vacance bruyante qui règne chez toi. Sot que tu es.
Immédiatement - tu n'as même pas eu le temps de poser tes clés-, rapport détaillé de Madame concernant les méfaits commis par les deux rebelles. Tu as épousé une dramaturge, elle sait mettre le ton, rejouer les moments pénibles, imiter les fautifs commettant leurs délits. Et puis elle a de la voix cette bougresse.
Tu écoutes d'un air concerné, tu opines, tu marques ta désapprobation outrée, ton soutien total pour cette mère excédée. Tu promets la foudre, tu pointes du doigts les fautifs, tu prends des résolutions éducatives majeures ! (En spéculant sur l'heure du coucher)
Tu écoutes d'un air concerné, tu opines, tu marques ta désapprobation outrée, ton soutien total pour cette mère excédée. Tu promets la foudre, tu pointes du doigts les fautifs, tu prends des résolutions éducatives majeures ! (En spéculant sur l'heure du coucher)
Bref, tu joues le papa concerné et solidaire. En fait, à cette heure, tu es crevé et dans l'incapacité totale d'absorber tous ces évènements. T'es juste bon pour grailler un bout de pain tout en jetant un oeil sur ton courrier.
Tu as faim. En mode " j'ai faim" ton cortex n'enregistre rien et laisse les commandes au cerveau primitif, une sorte de néandertalien débile et gueulard sur qui il ne faut pas compter.
Et puis après tout elle a voulu son congé parental merde ! Elle qui voulait profiter à fond de ses enfants, se reposer, partager avec eux "des moments intenses." Elle y est maintenant ! Et c'est effectivement intense !
Non parce que tu l'as eu toi aussi ta journée pénible ! Et est-ce que tu te plaints ? Est-ce que tu cries en agitant ton balais ? Pas du tout !
Non, tu n'as pas envie de gueuler sur tes gosses à cette heure ! Et puis il ne vaut mieux pas. Avec la fatigue on châtie mal, on s'énerve, on s’agite, on se pète la voix et parfois on revient aux méthodes anciennes ! Et toi, Edwige Antier, tu l'aimes bien.
Dans les séries, quand ça va mal, le papa monte dans la chambre des enfants, s'assoit sur le bord du lit et entame une discussion salvatrice. Les enfants écoutent, comprennent tout de suite et à la fin l'on s'embrasse. Et la série est terminée.
Mais chez toi ça ne marche pas comme dans le Cosby Show. Déjà il te faut tirer le plus petit de dessous son lit puis faire asseoir le grand. Leur arracher des mains leurs jeux vidéos et encaisser ça :
" C'est pas moi c'est lui il me soûle ! Il fait tout ce que je fais et il me pique mes trucs, il m'énerve ! " C'est même pas vrai crotte de bique ! " "Gros bébé !" "Suis pas un bébé, c'est toi le nul !!!"
Voilà...Non non faut pas taper ! Mais ils méritent hein ! Heureusement tu as grignoté juste avant et par conséquent tu as récupéré ton cortex d'Homo Sapien. Tu envois tout le monde à la douche en gueulant un peu. Tu promets une heure de coucher incroyablement précoce ! "Z'irez tous au lit à huit heures ce soir ! Et punis de Gulli ! "
Surtout ne demande pas à Madame de changer de sujet... laisse la vider son sac. Sinon elle choisira aussi d'aller au lit de bonne heure. Non sans t'envoyer paître. Et toi, tu resteras seul sur ton canapé. Dans le calme..
Chouette !
Tu as faim. En mode " j'ai faim" ton cortex n'enregistre rien et laisse les commandes au cerveau primitif, une sorte de néandertalien débile et gueulard sur qui il ne faut pas compter.
Et puis après tout elle a voulu son congé parental merde ! Elle qui voulait profiter à fond de ses enfants, se reposer, partager avec eux "des moments intenses." Elle y est maintenant ! Et c'est effectivement intense !
Non parce que tu l'as eu toi aussi ta journée pénible ! Et est-ce que tu te plaints ? Est-ce que tu cries en agitant ton balais ? Pas du tout !
Non, tu n'as pas envie de gueuler sur tes gosses à cette heure ! Et puis il ne vaut mieux pas. Avec la fatigue on châtie mal, on s'énerve, on s’agite, on se pète la voix et parfois on revient aux méthodes anciennes ! Et toi, Edwige Antier, tu l'aimes bien.
Dans les séries, quand ça va mal, le papa monte dans la chambre des enfants, s'assoit sur le bord du lit et entame une discussion salvatrice. Les enfants écoutent, comprennent tout de suite et à la fin l'on s'embrasse. Et la série est terminée.
Mais chez toi ça ne marche pas comme dans le Cosby Show. Déjà il te faut tirer le plus petit de dessous son lit puis faire asseoir le grand. Leur arracher des mains leurs jeux vidéos et encaisser ça :
" C'est pas moi c'est lui il me soûle ! Il fait tout ce que je fais et il me pique mes trucs, il m'énerve ! " C'est même pas vrai crotte de bique ! " "Gros bébé !" "Suis pas un bébé, c'est toi le nul !!!"
Voilà...Non non faut pas taper ! Mais ils méritent hein ! Heureusement tu as grignoté juste avant et par conséquent tu as récupéré ton cortex d'Homo Sapien. Tu envois tout le monde à la douche en gueulant un peu. Tu promets une heure de coucher incroyablement précoce ! "Z'irez tous au lit à huit heures ce soir ! Et punis de Gulli ! "
Surtout ne demande pas à Madame de changer de sujet... laisse la vider son sac. Sinon elle choisira aussi d'aller au lit de bonne heure. Non sans t'envoyer paître. Et toi, tu resteras seul sur ton canapé. Dans le calme..
Chouette !
Libellés :
Attends que ton père il arrive
samedi 9 octobre 2010
Une hirondelle a fait le printemps.
Délicate dédicace pour Anne, ma première lectrice.
Une petite légende familiale. On en parle encore chez nous les soirs de verveine et de petits gâteaux.
Mon arrière grand-mère espagnole vivait un enfer. Ses deux fils, enrôlés dans la guerre civile, avaient eu l'idée saugrenue de combattre dans des camps adverses. L'un chez les Franquistes, l'autre chez les Républicains. Tragique destin fratricide, pas si rare en ces temps de chaos.
La pauvre femme n'avait plus aucune nouvelle de ses enfants depuis des mois. Son tourment était un calvaire. Étaient-ils blessés ou prisonniers ? Combattaient-ils encore ? Étaient-ils vivants ?
Elle pleurait toutes les larmes de son coeur et priait Dieu. Parfois, dans de grands moments de désespoir, il lui arrivait même de le provoquer.
Un jour qu'elle suspendait son linge au soleil pour le faire sécher, prise de peine et de rage, elle s'adressa directement au Seigneur. Son index pointait le ciel.
- Mon dieu ! Je ne sais pas ce que sont devenus mes fils ! Je n'ai plus de nouvelles ! Sont-ils au moins en vie ? Si tu ne me les as pas encore pris Seigneur, envois moi un signe !
Une nuée d'hirondelles fît alors du raz motte au dessus des cordes à linge, piaillant de toutes parts. Au milieu de cette escadrille virevoltante, une hirondelle albinos, immaculée.
Des mois plus tard, la guerre enfin terminée, les deux frères ennemis rentrèrent sains et saufs au village. Voilà qui est interprété depuis, comme un petit miracle de famille.
Une petite légende familiale. On en parle encore chez nous les soirs de verveine et de petits gâteaux.
Mon arrière grand-mère espagnole vivait un enfer. Ses deux fils, enrôlés dans la guerre civile, avaient eu l'idée saugrenue de combattre dans des camps adverses. L'un chez les Franquistes, l'autre chez les Républicains. Tragique destin fratricide, pas si rare en ces temps de chaos.
La pauvre femme n'avait plus aucune nouvelle de ses enfants depuis des mois. Son tourment était un calvaire. Étaient-ils blessés ou prisonniers ? Combattaient-ils encore ? Étaient-ils vivants ?
Elle pleurait toutes les larmes de son coeur et priait Dieu. Parfois, dans de grands moments de désespoir, il lui arrivait même de le provoquer.
Un jour qu'elle suspendait son linge au soleil pour le faire sécher, prise de peine et de rage, elle s'adressa directement au Seigneur. Son index pointait le ciel.
- Mon dieu ! Je ne sais pas ce que sont devenus mes fils ! Je n'ai plus de nouvelles ! Sont-ils au moins en vie ? Si tu ne me les as pas encore pris Seigneur, envois moi un signe !
Une nuée d'hirondelles fît alors du raz motte au dessus des cordes à linge, piaillant de toutes parts. Au milieu de cette escadrille virevoltante, une hirondelle albinos, immaculée.
Des mois plus tard, la guerre enfin terminée, les deux frères ennemis rentrèrent sains et saufs au village. Voilà qui est interprété depuis, comme un petit miracle de famille.
dimanche 26 septembre 2010
La Ligue des Papas.
Chers amis papas,
Vous êtes maintenant pères d'un, deux voire trois enfants pour les plus téméraires ( et ceux qui ne savent jamais dire non)
Vous êtes maintenant pères d'un, deux voire trois enfants pour les plus téméraires ( et ceux qui ne savent jamais dire non)
Il est temps de faire parler l'Expérience ! Le Savoir-Faire ! L'Expertise ! Il est l'heure d'évaluer vos compétences, d'apprécier votre progression, étape par étape. Vous étiez des "bleus" en tant que jeunes papas, vous voici des spécialistes. Mais c'est au prix d'un long apprentissage, un véritable parcours du combattant. Faisons le point sur votre parcours initiatique.
Bienvenue dans la Ligue des Papas.
Etape n°1 : La Petite Enfance.
Le test de grossesse, un bon point de départ
Pour votre premier enfant :
Le test de grossesse positif de votre dulcinée marque le début de votre apprentissage. C'est LE point de départ de votre statut de Papa. L'Annonciation par le pipi.
Deux ou trois gouttes sur la languette et c'est la révolution. Aussi, la première fois que ce test fut positif raisonne encore en vous comme une formidable bouffée de Bonheur.
Madame est rentrée à la maison avec sa petite boite rose achetée à la pharmacie. Vous avez découvert cet appareil avec curiosité, lu la notice religieusement et sans efforts ( à l'époque vous ne portiez pas de lunettes) C'est qu'il faut tout lire, ne rien oublier. Considérer les schémas explicatifs avec précaution.
Chronomètre en main vous avez attendu les trois minutes obligatoires, fébrile, le coeur battant la chamade. Un véritable cérémonial. Le test trône sur la table du salon, sous un mouchoir. Suspense intenable.
Ces trois minutes sont les plus longues de votre vie.
Quand les deux petites barres bleues sont apparues, vous avez pleuré. Vous avez embrassé votre femme dans un grand élan d'amour et de tendresse, juste avant de prendre conscience d'une chose très forte : Vous allez être Papa. Grosse claque, joie intense, émotion incontrôlable. Un vrai coup de massue ! Le sentiment soudain d'un responsabilité écrasante vous envahie.
Vous, le gamin, le sale gosse, l'ado un peu débile, oui vous, vous allez devoir grandir et assumer vos responsabilités.
Vous garderez vos yeux mouillés durant des heures, à moitié soûlé par la joie qui ne vous quitte plus. Con comme un jeune chien, vous avez ameuté toute la famille dans la minute, en commençant par votre mère.
Vous garderez vos yeux mouillés durant des heures, à moitié soûlé par la joie qui ne vous quitte plus. Con comme un jeune chien, vous avez ameuté toute la famille dans la minute, en commençant par votre mère.
Pour votre troisième enfant :
Clairement, ce projet de troisième enfant vous pose un tas de questions philosophiques et existentielles. Est-ce bien raisonnable ? Que va devenir le peu de temps libre qui vous restait – soient 15 minutes tout au plus- ? Et d'abord, qu'est-ce qu'on lui donnera à manger à ce morveux ? Vu tout ce que dévorent déjà les deux grands ! Faut-il changer de frigidaire ? Comment vais-je supporter trois grumeaux à la maison ? Allez vous sombrer dans la dépression,l'alcool, les substances ?
Bref. C'est trop tard, vous voilà revenu au stade du test de grossesse. C'est marrant comme la technologie a évoluée en quelques années, plus besoin d'attendre trois minutes, une seule suffit pour avoir le résultat. Vous sortez négligemment le test de sa boite. La notice elle, reste au fond. Vous le tendez à Madame avec un petit sourire en coin du style " Vas-y, qu'on soit fixé".
Le pipi fatidique, la minute d'attente. Et soudain un cri depuis les toilettes ( oui parce que cette fois-ci, point de cérémonial, on attend le résultat dans les toilettes...) Et soudain, disais-je, un cri :
" Oui ! Je suis enceinte !! Ah ! ah ! Ah " C'est Madame qui exulte dans un rire quasi démoniaque !
Comme elle, vous déployez une sorte de fou-rire nerveux. Un vrai fou-rire même ! Bravo, c'est gagné ! Vous voilà faits comme des rats ! Père de trois enfants dans neuf mois ! Vous êtes foutu mon vieux !
Vous êtes vraiment fier quand même, vu que ça marche encore plutôt bien côté plomberie ! Heureux bien sûr, mais lucide. Putain...trois. Oh non ! C'est de la pure folie. Vous pensez bien. Vous allez bientôt sentir votre douleur.
Vous attendrez un peu pour annoncer la nouvelle. On ne sait jamais.
Vous sentez poindre en vous la force du dos argenté, celle du mâle Alpha, trônant dans son clan. Joie, coup de vieux, consternation.
Mais pas le temps de penser, il est l'heure du bain pour les grands frères, des devoirs ensuite pour l’aîné. Foutu, foutu, foutu !!
Malgré tout ce soir vous dormirez plus tôt.
La naissance
Pour votre premier enfant
" Mais, mais... comment ça tu as mal au dos ? C'est du ventre que tu devrais souffrir ! Non ? "
En fait vous n'en savez fichtre rien ! Il manque trois semaines avant le terme et voilà qu'un mal de dos fait son apparition soudaine. Madame souffre. Elle ne sait pas comment se mettre. Mais c'est certainement pas des contractions. C'est bien trop tôt ( que vous croyez jeune padawan !)
Votre expérience en la matière est nulle ou purement télévisuelle. Vous passez comme ça une journée à la maison, devant le petit écran, en espérant que ce fichu mal aux reins lâche un peu maman. Comme vous n'avez rien fait d'autre que de somnoler sur le canapé, forcement vous n'avez pas très faim. Et vous allez vous coucher sans dîner. Une erreur stratégique, que vous allez payer durant les 24 heures qui suivront.
Il se trouve qu'à deux heures du matin votre dulcinée ne tient plus. C'est un peu la panique, elle souffre assez, tressaille. Vous faites le 15 pour demander un peu d'aide, un conseil et finalement vous décollez direction la maternité, plein d'inquiétudes. Vous roulez vers la clinique, poussé vers l'inconnu, des milliers de questions dans la tête, une angoisse profonde pour Madame et le bébé.
En arrivant on vous décrit la situation ainsi : "mais le travail a commencé ma p'tite dame !"
Le travail "au noir" de Madame vous est passé sous le nez. Allez donc chercher sa valise dans le coffre de la voiture.
Vous entamez alors un marathon de douze heures, le ventre vide. Ce n'est pas les quatre cookies que vous avez mangés en vitesse qui vous sauverons. Pire, l'hamburger dégoulinant avalé en urgence dans la voiture, de peur de rater l’accouchement, est resté coincé un peu avant votre estomac. Vous serez donc malade tout du long !
Les couloirs de la clinique sont un dédale. On vous trimbale d'une pièce à l'autre en fonction du stade de travail de maman. Vous manquez de tourner de l'oeil durant la pose de la péridurale, du coup on vous fiche à la porte le temps que la perfusion soit posée. Mais non vous n'êtes pas une buse !
Enfin bébé arrive, il est magnifique. Vous pleurez. Vous êtes Papa. C'est le plus beau jour de votre vie.
Pour le troisième
Et bien c'est l'heure. Il faut partir. Mais avant il faut déposer calmement les enfants chez papi et mamie. Madame à des contractions depuis cette nuit mais vous êtes quand même allé travailler. Vous maîtrisez la situation avec brio. Vous arrivez à la clinique à point.
Le monitoring, les bip-bip intempestifs ne vous dérangent plus. De toute manière vous êtes tous les deux détendus, imperturbables. Surtout, vous avez pris le temps de manger avant de partir. Un sac à dos vous accompagne, du pain, du saucisson, des gâteaux, des chewing-gum. Ce kit de survie sur le dos, il ne peut rien arriver.
La clinique est devenue votre deuxième maison. Vous appelez les infirmières par leur petit nom, vous plaisantez entre deux contractions. Vous discutez le bout de gras avec l'anesthésiste pendant qu'il pique dans la colonne vertébrale de Madame. Et quand il a terminé, vous lui tapez dans la main tel un basketteur ! Non je plaisante. Vous êtes détendu, certes, mais pas à ce point.
Enfin bébé arrive, il est magnifique. Vous pleurez. Vous êtes Papa pour la troisième fois. Vous pleurez. C'est le plus beau jour de votre vie. La carte "Famille Nombreuse" de la SNCF est à vous !
Les premiers jours à la clinique.
Pour votre premier enfant
Dans la chambre, la gentille infirmière vous a demandé, sur un ton autoritaire, de tout noter.
Heure du bibi, quantité avalée, quantité dégobillée ( oh oh oh !!), cacas, etc. Au premier enfant vous tenez ce carnet comme un moine bénédictin. Vous consignez tout au gramme près.
Il faut respecter les quantités théoriques à la lettre, sinon c'est l'angoisse. En cas d'erreur, vous pensez n'être pas digne d'avoir un gosse, ni même de posséder un cochon d'Inde !
Non ! Bébé ne sera pas famélique ni ne risque la mort si au lieu de 20g de lait, il a pris 15 grammes. Allons détendez vous.
Vous avez voulu faire plaisir à votre femme en emmenant bébé à la nurseries de la maternité pour sa première visite médicale. Devant le pédiatre vous avez déshabillé votre bambin sans repérer les vingt-cinq boutons pressions planqués ici là sur le body, plus les petits noeuds sournois sous le pyjama. A l'issu de la visite vous êtes resté planté là, sans pouvoir rhabiller cette petite chose cramoisie qui hurle et qui hurle encore. Au passage vous essuyez les sarcasmes de la puéricultrice de service. Mais quelle garce celle-ci...Vous regagnez la chambre dépité.
Pour votre troisième enfant :
A la clinique, vous ne tenez plus un carnet de bord des bibis. Au troisième, vous êtes le maître, "the Maaaster". Zen. Vous êtes autonome, vous connaissez les quantités raisonnables à donner bien sûr. Confiance. Vous restez dans la fourchette et tout ira bien. A moins que maman n'allaite...
L'infirmière et ses conseils à deux sous " la nuit il faut le réveiller pour le bibi" peut aller se rhabiller !
De toute manière le bruit court dans la maternité que c'est votre troisième. Plus personne ne vous donne de conseils. Vous vous démerdez et puis c'est tout !
Les petits pyjamas piégés de boutons-pression ici et là ne sont plus un obstacle. Vous bichonnez votre petit dernier d'un geste sûr et précis. Déshabillage et rhabillage en deux minutes chrono. Le tout en sifflotant. Le gamin se marre presque. Vous pourriez donner des cours à tous ces jeunes papas inexpérimentés qui squattent la nurserie d'un air bête.
Les petits pyjamas piégés de boutons-pression ici et là ne sont plus un obstacle. Vous bichonnez votre petit dernier d'un geste sûr et précis. Déshabillage et rhabillage en deux minutes chrono. Le tout en sifflotant. Le gamin se marre presque. Vous pourriez donner des cours à tous ces jeunes papas inexpérimentés qui squattent la nurserie d'un air bête.
Au retour de la clinique, le premier jour passé à la maison avec bébé ne vire plus au cauchemar...
Le retour à la maison
Pour votre premier enfant :
Soyons honnêtes. Pour l'aîné, au grand jour bénit de son arrivée à la maison, vous vous êtes organisé comme une moule. Il y a un de ces bazars chez vous depuis que maman est à la clinique ! Des cadeaux partout, des paquets de couches, du linge, vos chaussettes, la vaisselle ! C'est la grosse pagaille.
Une fois que bébé a passé la porte d'entrée vous perdez tous vos repères, le bébé aussi, il hurle sans raison. Il ne sait pas où il est et ça va le rendre tyrannique.
En plus vous avez perdu la notion du temps avec bébé qui vampirise la montre. Vous sautez même les repas. C'est d'autant plus compliqué que Madame est un peu bizarre en ce moment, fragile et sensible.
Vous êtes mort. C'était pourtant bien calé à la clinique. Et elle est où la puéricultrice donneuse de leçons ? Cette lâcheuse !
Une furieuse envie de fuir à jamais par le premier vol vers Rio de Janeiro vous taraude. Là-bas vous changeriez d'identité avant de disparaître. Ce serait une très mauvaise idée. Vous ne pouvez pas faire ça.
Vous mettrez deux mois pour trouver un rythme à peu près correct.
Pour le troisième :
Avec ce troisième bébé vous avez tout préparé avant la sortie de Madame de la maternité. Le ménage est fait (presque), vous avez un stock suffisant de couches et de lait, vous ne perdrez pas pied.
Le retour à la maison est finement organisé. Votre rythme habituel est à peu près respecté. La voilà l'expérience, l'expertise ! Je vous le dis moi !
Vous êtes d'autant plus costaud que les deux grands frères vous font de tout depuis que Maman est rentré en clinique. Ils vous mettent à bout, vous avez les nerfs en pelote, et c'est sans compter sur les crises de larmes du plus petit des aînés qui tout les soirs hurle à la mort pour voir sa mère. Non, vous ne l'étranglerez pas ! Vous êtes fort. Tout est à point pour l'arrivée à la maison de votre troisième enfant.
Notez que vous avez toujours en vous cette furieuse envie de disparaître en Amérique du Sud. Mais ça passera avec le temps.
Le quotidien, les petits tracas.
Pour votre premier enfant.
Les premières semaines, il pleure, mais vous ne savez pas pourquoi. C'est angoissant pour le papa. C'est ultra stressant pour la maman. Du coup vous trinquez. De toute manière vous ne comprenez rien et Madame aurait mieux fait d'écouter sa mère, comme elle le répète parfois durant les crises de larmes de bébé.
Incompréhension totale, surtout quand il chiale encore après le bibi, à une heure du matin et que ça fait deux heures que vous tentez de le calmer. Vous qui habituellement êtes d'un calme olympien, vous n'êtes pas loin de péter un boulon. Vous vous retrouvez au milieu de la nuit, assis sur le bord de votre lit, la tête dans les mains, avec un morveux qui hurle à côté de vous. Incompréhensible.
Pour le troisième:
Depuis bien longtemps vous parlez parfaitement le bébé sans accent ! Vous comprenez aussi ses pleurs sans la moindre difficulté.
Vous savez faire la différence entre un "J'ai faim, j'ai mal au ventre, j'ai fais caca, j'ai mal, j'ai sommeil, je n'ai plus sommeil alors rapplique vite, je veux un câlin, j'ai envie de râler, foutez moi la paix, zut ! "
Vous êtes définitivement bilingue ! Du coup vous êtes détendu, le gamin le sent, sa mère aussi au passage. Tout va bien. Vous savez réagir en cas de crise de larmes. Votre efficacité est maximale. Trop fastoche ! Comme disent les enfants.
Aussi on ne court pas vers le téléphone toutes les deux heures pour appeler Mamie...
"Allô Maman j'ai un problème" Non. Désormais, au troisième, vous vous débrouillez comme un grand garçon. De toute façon ça énerve votre femme quand vous appelez votre mère . Allez savoir pourquoi ? Qui peut savoir mieux que Mamie ? Franchement ?
Maintenant vos décisions son prises avec assurance et vous gérez la crise comme un vrai patron. Oui, au troisième, vous êtes bon.
Vous ne recevrez plus de pipi sur votre pantalon tout neuf quand vous lui changez la couche !
Pour votre premier enfant
Ah le ptit monstre ! Il attends que vous lui ôtiez sa couche pour faire la lance à incendie et asperger vos fringues . C'est bon il y en a partout là , arhhhhg ! Votre chemise est mouillée. La table à langer est inondée. Déprime..
C'est un grand classique des malheurs du jeune papa débutant. Manque d'entraînement et d'anticipation. Erreur de jeunesse.
Les cacas. Autre sujet délicat. Oui, il faut aborder ce sujet. Vous apprendrez qu'ils sont évolutifs. A la clinique le méconium, sorte de caca spécial premiers jours. Noir et collant. Dégoûtant.
Mais comment a t-on pu vous cacher une telle chose ? Non c'est trop tard le bébé est à vous maintenant. Impossible de le rendre.
Plus tard avec le lait, bébé fait des cacas absolument ahurissants, dans une gamme de couleur jaune-vert qui va toujours aussi mal avec votre chemise.
Lorsque bébé passe à la nourriture solide, nul besoin de faire un dessin. Vous rivalisez alors d'ingéniosité pour que ce soit maman qui s'occupe de changer le petit . Vous agissez en tir au flan. C'est minable.
Pour votre troisième enfant.
Concernant les accidents de pipi, théoriquement, cela ne vous arrive plus. Vous n'être pas un perdreau de l'année ! Vous vous débrouillez pour protéger le terrain avec un carré de coton ou la couche elle même. Vous anticipez. Ce petit monstre là ne vous la fera pas !
Ceci dit, mon troisième a quand même réussi à me pisser sur la figure, pour ne pas dire dans la bouche, quand je me suis baissé pour fouiller sous la table à langer. Humiliation devant les grands frères, morts de rire...
Pour le caca, comme ça fait des années que vous essuyez des fesses, vous vous en fichez comme de votre dernière chemise tâchée ! Parfois vous le changez pendant les repas sans même renâcler. Les gosses rendent votre odorat insensible. Vous avez une âme de guerrier. Sauf pour ramasser du vomit. Faut pas trop pousser non plus !
Et enfin !
Comment ça enfin ? Mais vous n'y êtes pas mon vieux ! sachez que vous êtes en formation continue ! Il n'y a pas de fin, il n'y a que des évolutions dans ce boulot ! Des centaines des petites choses vont mettre à l'épreuve votre place de papa. Il y a l'école avec son cortège de microbes, d'histoires croustillantes, les réunions parent-prof etc. Plus tard l'adolescence. Mais vous n'avez pas encore les épaules pour tout ça petit scarabée.
Pour l'instant vous n'êtes experts que dans un seul domaine, la petite enfance, les bambins qui braillent, les morveux en couche, les petits cons qui croient tout savoir. Ce n'est qu'une introduction au métier de Papa. Technique certes, mais simple.
Déjà les plus grands vous donnent du fil à retordre. Ils mettent à l'épreuve votre autorité. Mais ça c'est un autre chapitre. Un autre module de votre Validation des Acquis et de l'Expérience en tant que paternel.
Allez. A vos travaux pratiques !
lundi 30 août 2010
Les petits vieux d'en face.
La vie ne tient vraiment que par un fil.
En face de chez moi, deux petits vieux, courbés par une vie de labeur dans les vergers, la peau tannée par le soleil du Roussillon. Ils passent l'été devant la porte de leur garage. Là, ils exposent quelques cagettes des meilleures pêches de leur exploitation. Des pêches mûres à souhait, gorgées de nectar. Le genre de fruits qui n'existent que chez nous. Vous n'en avez jamais mangé d'aussi bonnes.
Sur les genoux du pépé, un petit chien blanc, tout rikiki. Un ratier aux yeux globuleux, moche, hargneux, acariâtre comme un chien de petits vieux. Tantôt on le promène, tantôt on le caresse. Parfois on l'engueule.
Le fait est que ce vilain chien est choyé. C'est le bébé de mémé, le toutou à son pépé. D'ailleurs ils sont inséparables, et mon gentil vieux d'en face le trimbale tous les jours par les vignes qui entourent les vergers.
Un soir de juin, une rumeur circule parmi les gosses de l'impasse. Le petit chien blanc est perdu. Au détour d'une vigne, Blanco, c'est son nom, s'est envolé. Le pépé a pourtant bien sifflé, encore et encore. Il l'a bien cherché durant des heures, à travers les cèpes verdoyants. Mais il est rentré seul ce soir là, en retard et sans son chien rikiki, égaré. Pauvre Blanco, pauvre mémé, pauvre pépé.
Alors mes petits vieux ne purent s'y résoudre. Les voilà qui partent en pleine nuit, chercher leur toutou, siffler sous les étoiles, parcourant les chemins, les propriétés voisines, des coins qu'eux seuls connaissent. Mais pas de petit chien.
Quelques journées brûlantes s'écoulent. Les enfants en parlent souvent. Qu'est donc devenu Blanco ? On l'imagine en goguette, enlevé par des voleurs, trucidé par des molosses, menant une vie de prince en compagnie d'une fiancée. Je le crois mort de soif.
Durant des jours, mes petits vieux s'activent, mènent leur enquête, collent des affichettes, scrutent les chemins, circulent tard, reviennent déçus.
Pire, le soir, ils rentrent abattus, angoissés, malheureux. La mamie tient le choc, fait bonne figure. Mais son papi se laisse aller. Il ne sourit plus, ne mange plus. C'est inquiétant pour cette mamie, qui me raconte sur le pallier sa vilaine détresse. Son pépé a perdu le goût de la vie. Il s'étiole, se courbe de jour en jour, passe des heures sur sa chaise, le regard dans le vide.
Pire, le soir, ils rentrent abattus, angoissés, malheureux. La mamie tient le choc, fait bonne figure. Mais son papi se laisse aller. Il ne sourit plus, ne mange plus. C'est inquiétant pour cette mamie, qui me raconte sur le pallier sa vilaine détresse. Son pépé a perdu le goût de la vie. Il s'étiole, se courbe de jour en jour, passe des heures sur sa chaise, le regard dans le vide.
Dans le quartier, on se dit "ça lui passera, il s'en fera une raison" Moi même j'en prend mal la mesure, jusqu'au jour où, prenant le frais, je suis le témoin d'une scène poignante.
Sur la porte du garage, une affichette. Une jolie photo du petit chien moche et court sur pattes, un numéro de téléphone. Voilà qu'arrive le papi, sur son perron, courbé, jetant un oeil à droite, à gauche. Il fait quelques pas et se fige devant l'affichette. Maintenant il contemple son toutou... Considérant cette image un long moment. Je vois briller ses yeux. Il secoue la tête lentement, de dépit. Son coeur est brisé. C'est triste et douloureux. C'est sincère.
La tristesse est un poison mortel chez les petits vieux. Elle vous ronge. Et un matin elle vous emporte. Déjà il faut faire passer une infirmière, pour des prises de sang, parce que le papi fait des vertiges et s'est fait une jolie bosse sur son crâne pelé. C'est son coeur, il fait des siennes. Il va nous l'emporter, à force...
Du petit chien, plus aucune nouvelle. On ne le cherche plus. Le toutou est bien perdu, la papi le sera bientôt...
Du petit chien, plus aucune nouvelle. On ne le cherche plus. Le toutou est bien perdu, la papi le sera bientôt...
Et puis un matin de canicule, un cadeau. Une caisse en carton, débarquée d'une voiture. C'est le présent d'une bonne fille, la fille de mes petits vieux. Un chien blanc rikiki, tout neuf, tout beau, dépasse de cette boite. Un bébé épagneul. Il ne manquait plus qu'un large noeud pour faire l'affaire.
Enterré mon petit vieux ? Pas du tout. Le voilà tout souriant, tout gaga de ce cadeau. On s'active comme avant. La vie reprend ses droits en deux coups de RonRon-Canigou. La turbulente boule de poils, pissant ici et caguant là, vient tout simplement de sauver notre pépé malheureux.
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